Laurent Mucchielli, sociologue et chercheur au CNRS s’est penché sur la question de la vidéosurveillance dans le sud-ouest de la France. Il en a écrit un livre au terme d’une expérience inédite menée pendant 5 ans en région PACA. Sa conclusion est bien différente de ce que l’on aurait pu attendre.

Vidéosurveillance

Pourquoi les villes investissent dans les systèmes de vidéosurveillance ?

D’après Laurent Mucchielli, les équipements en caméras de surveillance sont plus l’effet d’une pression exercée par les autres villes voisines qu’une volonté réelle. Les lobbys locaux, la population ainsi que les forces de l’ordre contribuent également à cela.
Vu de l’extérieur, il semblerait que ce soit une volonté des population face à la recrudescence d’actes de violence voire d’incivilité. Mais il semblerait qu’il y ai aussi (et surtout) une volonté de plaire de la part de l’élu. Nombre d’entre eux ne savent pas réellement pourquoi ils ont installé de tels dispositifs ni à quoi ils servent réellement, si ce n’est qu’ils sont un atout fiable pour les forces de l’ordre. Cela néanmoins ne justifie pas à leurs yeux, l’investissement financier que de tels dispositifs occasionnent.

La surveillance en temps réel n’est qu’un leurre

Le chercheur au CNRS va plus loin encore, en insistant sur le fait que l’embauche du personnel consultant (c’est-à-dire, les personnes qui visualisent les images des enregistrements en temps réel) n’est pas crédible. En effet, pour des dispositifs installés dans des petites communes, l’activité est très calme (voire parfois nulle). Le terrain est la meilleure option pour une surveillance optimale et capter du flagrant délit. Il faut préciser que Laurent Mucchielli n’est pas contre la vidéosurveillance, dès lors que celle-ci est placée à des endroits stratégiques, signifiés par les forces de l’ordre mais non par les lobbys et la population. Les caméras de surveillance ont un impact réel pour déméler certaines affaires mais leur emplacement doit être mieux ciblé et le nombre de personnes appelées à visualiser les images, limité.

La vidéosurveillance serait-elle détournée de son objectif premier ?

C’est un état de fait : les personnes dédiées à la visualisation des images trouvent le temps long. Souvent, il faut donc leur attribuer des tâches supplémentaires : observer des entrées et sorties d’écoles, vérifier le bon fonctionnement de certains dispositifs, vérifier la circulation.. Des tâches qui n’ont plus rien à voir avec l’objectif premier : la lutte contre la délinquance. D’après Laurent Mucchielli « cela n’est pas rationnel. La rationalité, c’est de positionner des caméras de surveillance à des endroits stratégiques, qui enregistrent des images au cas où les gendarmes viendraient à faire une réquisition d’image. Mais ça s’arrête là. Dans le cas de Marseille qui dispose de 700 caméras, plus de 90% de l’activité en matière de lutte contre la délinquance vise en réalité le stationnement gênant ! »

Un appât du gain ?

Il semblerait que l’utilisation de la vidéosurveillance pour la vidéo verbalisation soit le principal détournement observé. Laurent Mucchielli justifie cela par le fait que ce procédé rapporte également de l’argent au service public. Attention toutefois, il réfute totalement l’effet « big brother » car selon lui, si la loi est respectée dans les moindres détails concernant la vidéosurveillance, elle peut être une réelle bonne chose. Mais les manque de transparence du système vient entacher les opérations. En effet, il n’existe pas de service public d’accompagnement et de conseil des politiques locales de sécurité.

La vidéosurveillance continue de progresser en France mais très peu d’études sérieuses sur le sujet sont réalisées (2 thèses en tout et pour tout). Cela pour deux raisons : la délinquance n’est que peu étudiée et le manque de transparence des élus des communes.
Retrouvez l’enquête terrain de Laurent Mucchielli « A quoi sert la vidéosurveillance de l’espace public » publié en janvier 2016.

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